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Abidjan – LouiSimone Guirandou Gallery : Les « États d’âme » de Dominique Zinkpè

Abidjan – LouiSimone Guirandou Gallery : Les « États d’âme » de Dominique Zinkpè

  • Abidjan, la capitale ivoirienne qui a vu naître la carrière de l'artiste contemporain béninois Dominique Zinkpè, le reçoit entre les murs de la LouiSimone Guirandou Gallery, 28 ans plus tard, pour sa première exposition sur le sol ivoirien.

UNE ANNÉE DIFFICILE MAIS UN RETOUR TRIOMPHANT..

Depuis le 25 Février 2021, la LouiSimone Guirandou Gallery, la première galerie de Cocody, au coeur de la capitale ivoirienne, présente les œuvres de l’artiste béninois Dominique Zinkpè.
Figure majeure de la scène contemporaine africaine, cet artiste autodidacte dont l’écriture transcende les frontières des disciplines nous livre sa lecture d’une année marquée par la pandémie mondiale du Covid 19 et les disparitions de grands noms du monde de la culture, notamment Manu Dibango. Dans une interview accordée à RFI, l’artiste explique que le son du saxophone de la légende camerounaise ne l’a pas quitté pendant des semaines, tant il a été touché par la nouvelle de sa disparition à l’image de tout un continent.

Les œuvres ainsi présentées, toutes filles d’une année aux multiples facettes, se font les témoins des différents “moods” par lesquels sont passés les africains et le monde. Les couleurs choisies par l’artiste sont donc tantôt vives pour traduire la joie, tantôt ternes ou même sombres pour exprimer l’angoisse, la tristesse.
Ces peintures et sculptures jamais montrées au public auparavant se côtoient et se mélangent pour donner une représentation aussi fidèle que subjective de son ressenti et de celui de ses contemporains. La scénographie y apporte une saveur toute particulière.
Dès les premiers pas dans la salle d’exposition, le visiteur est accueilli par la chaleur des toiles de la série « histoire à trois » avant que son regard ne soit attiré par les deux plus grands formats exposés, notamment « Regard d’amour », un beau chef d’œuvre.

Dominique Zinkpè, « Regard d’amour », 2020. Acrylique et pastels gras sur toile, 180×150 cm Courtesy de l’Artiste et de la LouiSimone Guirandou Gallery.

Dominique Zinkpè, « Histoire à Trois 1, 2 et 3 », 2020. Acrylique et pastels gras sur toile, 150×150 cm chacun. Courtesy de l’Artiste et de la LouiSimone Guirandou Gallery.

Le visiteur croise le regard de « Petite princesse » une petite sculpture bleue d’à peine 1m30 derrière laquelle se dresse le « Gardien du monde » une sculpture impressionnante de près de 3m de haut.

Dominique Zinkpè, « Petite Princesse » & « Gardien du Monde », 2021. Assemblage de figurines hôhô sculptées main et peintes. Courtesy de l’Artiste et de la LouiSimone Guirandou Gallery

Ce sont au total 12 sculptures, 26 peintures et dessins ainsi qu’une fresque murale sur laquelle on peut lire “stop Covid”, réalisées spécialement pour l’exposition qui nous accompagnent dans ce voyage à travers les “États d’âme” de l’artiste. Le tout dans le cadre sobre de la LouiSimone Guirandou Gallery.

Vue de l’exposition. Crédit Photo: Dominique Zinkpè.

Cette exposition signe en particulier un retour à Abidjan lourd de sens et d’émotions pour l’artiste béninois : « Beaucoup de joies de pouvoir partager mes nouvelles créations avec le public abidjanais car ma carrière a commencé dans cette belle ville lors des Grapholies en 1993, ce qui m’a permis de découvrir les œuvres de Christian Latié, de côtoyer Frédéric Bruly Bouabré et bien d’autres. Il m’avait été décerné à cette occasion le prix du jeune talent africain et c’est ainsi que mon parcours artistique a commencé. », nous confie-t-il.

…AVEC TOUS LES ETATS D’AME DE L’ARTISTE

« J’ai choisi le titre États d’âme pour l’exposition à la Galerie Guirandou car l’ensemble des peintures montrées questionnent mon Etat d’âme et celui du commun des mortels. Etats d’âme vise nos humeurs, nos angoisses, nos joies de vivre etc. », précise d’emblée Dominique Zinkpé. Artiste en marche avec son temps, à l’écoute des réalités présentes sans pour autant renier le patrimoine à lui légué par ses ancêtres, telle est surtout l’une des facettes de l’homme que le visiteur découvre en parcourant cette exposition. Les influences de ses origines béninoises et du culte vaudou transparaissent dans les lignes que l’artiste construit.

Indépendamment de leurs tailles et de leurs formes, ses sculptures sont formées de statuettes dites Ibédji, Hôhô et Vénavi (culte des jumeaux) selon qu’on soit au Bénin, au Nigéria, au Togo et au Ghana où cette pratique a cours. Un choix fait par l’artiste tant pour l’esthétisme de ces statuettes que pour la symbolique de cette pratique.
En effet, « l’histoire du culte des jumeaux est une histoire douloureuse mais qui est célébrée d’une manière heureuse et porteuse d’espoir. Les Ibédji sont en rapport avec la disparition des enfants jumeaux auxquels on accorde une grande importance lors de leur naissance », explique Dominique Zinkpè lors d’un entretien pour le compte de la Fondation Zinsou.

« A la mort de l’un ou des deux jumeaux », poursuit-il, « on fabrique des « poupées » pour les remplacer auprès des parents endeuillés. Ces derniers leur donnent un nom, leur font un lit, les habillent comme si les enfants n’étaient pas décédés. Enfant, je trouvais ce spectacle ridicule, mais c’est en grandissant que j’ai compris la valeur de cette tradition. J’ai été interpellé en tant qu’artiste parce que c’est une belle histoire et que c’est formidable de réussir à transformer la douleur en joie. »

Mais pour cet artiste né à Cotonou en 1969, le sacré des statuettes Ibédji s’arrête là : « Je les prends comme essence brute de sculpture et je leur donne une écriture contemporaine ». La tradition marie ainsi avec la modernité dans son travail. Les statuettes dédiées au culte des jumeaux peuvent alors devenir « un avion, un bateau, un homme de pouvoir » pour explorer notre vécu quotidien et les contradictions de la société.

Dominique Zinkpè, « Homme de Pouvoir », 2021. Assemblage de figurines hôhô sculptées main et peintes, 164x75x22 cm. Courtesy de l’Artiste et de la LouiSimone Guirandou Gallery

Dominique Zinkpè, « Femme Reine », 2021. Assemblage de figurines hôhô sculptées main et peintes, 185x84x60 cm. Courtesy de l’Artiste et de la LouiSimone Guirandou Gallery

C’est dans cette même lignée que l’artiste a entrepris depuis quelques années des recherches sur ce à quoi « notre âme et notre esprit pourraient ressembler ». Ses peintures et dessins, notamment ceux de l’exposition « États d’âme » mettent en scène des personnages aux formes humanoïdes et animales plus spirituelles que physiques, en mouvement au milieu de symboles et de couleurs tantôt gaies tantôt tristes à l’image du cycle de la vie.

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Dominique Zinkpè, Joie de Vivre, 2021 (Ensemble de 9). Technique mixte sur toile, 35×30 cm chacun. Courtesy de l’Artiste et de la LouiSimone Guirandou Gallery

Dominique Zinkpè, Dessin Secret, 2021 (Ensemble de 9). Acrylique, pastels gras et kaolin sur toile, 35×30 cm chacun. Courtesy de l’Artiste et de la LouiSimone Guirandou Gallery

On remarque également en les parcourant une certaine fascination pour la femme, car s’il est vrai que ses personnages semblent sans enveloppe, il apparaît clairement que ce sont le plus souvent des femmes. Un choix que l’artiste justifie succinctement « on ne peut raconter l’histoire de la vie sans parler de la femme ».

Dominique Zinkpè, La Pieta, 2020. Acrylique et pastels gras sur toile, 180×150 cm. Courtesy de l’Artiste et de la LouiSimone Guirandou Gallery

L’exposition « États d’âme » de Dominique Zinkpè
A voir à la LouiSimone Guirandou Gallery jusqu’au 24 avril 2021 dans le strict respect des mesures barrières.

Par Alexandre Yapi.
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