Lebinitan Olouchola Christiane AKPO : « Le plus gros du boulot revient maintenant aux Africains !» - Ashakan
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Lebinitan Olouchola Christiane AKPO : « Le plus gros du boulot revient maintenant aux Africains !»

Lebinitan Olouchola Christiane AKPO : « Le plus gros du boulot revient maintenant aux Africains !»

  • A quelques encablures de Cotonou, en allant vers Porto-Novo au Bénin, un lieu détonne et surprend. C'est un endroit atypique qu’on n’aurait jamais imaginé au milieu des parcs de véhicules d’occasion… Un nom : L’espace Ochola.
  • Rencontre avec Lebinitan Olouchola Christiane Akpo, l’initiatrice du projet.
D’où vous sont venues la vocation et l’idée de créer un lieu d’art dénommé l’Espace Ochola ?

Je suis toujours parti du postulat qu’il y a des choses qui sont innées en nous et qu’on peut conscientiser sur ces choses grâce à notre éducation, nos rencontres, nos relations. Je ne me définis pas vraiment comme une artiste dans le canevas où l’on case l’artiste, mais plutôt comme une créatrice ou pour être plus précise, une personne qui aime révéler les talents et je pense qu’en tant que tel, qu’il faut avoir un talent, un don en soi avant de mettre l’autre sous les feux de la rampe.
J’avais donc toujours eu envie de faire un lien entre les cultures du monde et mes cultures béninoise et belge. L’aventure Ochola a donc démarrée il y a de cela 22 ans… L’idée était alors, au départ, de faire des broderies sénégalaises sur vêtements jusqu’à ce que je tombe sur une opportunité à travers mes relations pour créer un espace de promotion culturelle et artistique. De là, est né l’Espace Ochola.

En 2019, tout marchait pour vous, vous étiez celle qui transformait en or tout ce qu’elle touchait… Cependant, vous avez décidé de tout quitter à Bruxelles et de vous réinstaller à Cotonou dans votre pays natal. Pourquoi avoir pris cette décision ?

(Rires). A un moment, il était difficile aux Africains de pouvoir accéder à leurs cultures, à leurs créativités contemporaines en Europe. L’espace Ochola a été en cela un grand succès en ce sens qu’il a mis en avant ce dont l’Afrique et les Africains sont le plus fier. D’autant plus qu’il n’était pas évident d’arriver à un tel succès avec mes modestes moyens. Mais sans fausse modestie, j’y suis arrivée.
A partir de ce moment et comme le dit la philosophie d’Ochola – ETRE UN PONT VERS L’AFRIQUE, il était logique de relier l’autre bout au pont. J’ai donc décidé de repartir vers ce continent qui m’a porté. J’aurais voulu me fixer à Abidjan ou à Lomé mais mon affection pour mon pays natal et sa richesse culturelle ont beaucoup joué et voilà, le pont a été établi à Cotonou.

Inscrivez-vous l’Espace Ochola de Cotonou dans la continuité de l’Espace Ochola de Bruxelles ?

Absolument, c’est une master pièce et il n’y a pas de scission entre l’Espace Ochola Bruxelles et l’Espace Ochola Cotonou. Tout est un ensemble. Aujourd’hui, celui de Bruxelles fonctionne comme une franchise, celui de Cotonou reste en mains propres et d’autres vont bientôt se joindre sous forme de franchise qui s’autofinancent.

Quelles sont vos différentes activités ?

Nous sommes dans les expositions d’art, l’accompagnement des artistes, les dégustations culinaires, les objets artisanaux, l’hôtellerie-bar et l’évènementiel culturel.

Qu’est-ce qui vous différencie des autres lieux d’art de la capitale économique du
Bénin ?

Nous ne sommes pas qu’un lieu d’art mais un lieu de vie où est mis en avant la culture béninoise et les autres cultures africaines. Un endroit, un mode de vie africain moderne et contemporain authentique tel qu’il devrait être connu, racontée et défendu par les Africains eux-mêmes.

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Actuellement, le marché de l’art globalisé a subi un choc dû à la crise du Covid 19. Quel regard portez-vous sur cette période dans le monde et en Afrique ?

Exactement ! Le monde de l’art a été fortement secoué par les répercussions de la crise due au Coronavirus. Mais on a aussi observé beaucoup d’acteurs qui se sont réinventés… Des expositions et webinaires se sont multipliés en ligne, certaines foires, comme par exemple Akaa et tout récemment la 1.54 Fair, ont implémentées de nouveaux modèles. Il n’y a donc pas meilleure solution que de se renouveler dans ce qu’on fait et en tant qu’organisatrice d’évènements culturels, je reste confiante que cette crise sera énormément bénéfique à terme pour tous les acteurs du milieu à l’instar des maisons de vente qui sont les plus heureuses aujourd’hui.
Toutefois j’espère que les gouvernements africains vont mettre des mécanismes structurels et financiers en place pour aider les artistes et les acteurs du domaine à résorber dans les temps les effets pervers de cette crise.

Comment voyez-vous le développement de votre espace dans ce cadre ?

Autant j’ai été personnellement touchée par cette crise, autant je pense que c’est surtout le modèle de développement à l’Occidental qui a été sérieusement perturbé.
Covid ou pas Covid, nous allons donc continuer à faire ce que nous savons faire le mieux à savoir, mettre l’homme au cœur de tout à travers le projet Ochola. C’est maintenant que l’art doit vivre et cela plus que jamais !

Quels sont selon vous les avantages et les inconvénients du marché de l’art contemporain en Afrique ?

L’art africain est reconnu et rayonne actuellement de tous les feux dans le monde. Cependant, tout reste à construire sur le continent: du statut des artistes, des galeries, musées à un véritable marché de l’art qui profite véritablement à l’économie africaine. Mais pour moi, c’est aussi ça le principal avantage du marché de l’art en Afrique : un nombre infini de possibilités.
A côté, il y a beaucoup de collectionneurs africains et du monde qui s’intéressent aux artistes d’Afrique et de la diaspora, à l’environnement artistique du contient et ça, c’est heureux.
L’inconvénient, c’est que j’ai peur qu’on calque le modèle du marché de l’art occidental alors qu’on devrait intégrer par ici la dimension de l’Afrique dans le développement du marché de l’art.
Le plus gros du boulot revient donc maintenant aux Africains : promouvoir l’art et la culture du continent, acheter l’art, initier des événements, créer des synergies, travailler ensemble, faire du lobbying auprès des Etats afin que les lois du développement du milieu permettent à des pays de constituer des collections publiques, de faire rayonner leurs noms et ainsi de participer à une véritable reconnaissance des artistes en Afrique avant toute reconnaissance dans le reste du monde.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez investi dans la société OBART qui édite Ashakan ?

Je l’ai fait sans penser à une raison suffisante ! Eh oui, c’est un coup de cœur (rires). Plus sérieusement, c’est un projet bien pensé.
Ce qui manque aujourd’hui à l’art contemporain en Afrique, c’est la compréhension de l’art et du marché de l’art. Sinon, au vu de mes rencontres et de mes voyages dans quelques pays du continent, beaucoup de gens ont les moyens et cette volonté au fond d’eux de collectionner des œuvres d’art.
Ashakan est un projet média qui prend en compte tous ses aspects de l’art et du marché de l’art et je crois qu’aux côtés des autres acteurs du milieu, il va devenir dans très peu de temps un acteur incontournable en défendant une idéologie africaine.
Mais je suis consciente qu’il y a un vrai travail à faire avec Ashakan pour rester fidèle à nos cultures, à nos valeurs africaines quand on sait que des politiques et certains promoteurs de marques peuvent rapidement tenter de récupérer une telle initiative pour servir leurs intérêts pas toujours catholiques.

2021 est une année spéciale pour le Bénin en ce sens qu’elle verra la restitution de 26 de ses œuvres d’art jadis détenue par la France grâce au leadership des présidents béninois Patrice Talon et français Emmanuel Macron. Quel est votre regard sur ce sujet ?

Evidemment en tant que béninoise, je suis contente qu’une telle initiative ait porté ses fruits et que ces œuvres reviennent au bercail où elles ont une valeur aussi bien artistique, culturelle que cultuelle.
Je n’arrive pas à comprendre qu’il ait fallu tant d’années de tractions avant que cette restitution ne soit possible et j’espère que d’autres pays africains n’auront pas à faire un tel parcours du combattant avant de voir ces richesses de notre glorieuse histoire conservées et montrées sur nos terres.

Situé à Sèkandji à Cotonou au Bénin,
L’Espace Ochola est ouvert du lundi au samedi de 7H à 23H
Plus d’informations : ici.
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