7 Questions à Françoise Benomar - Ashakan
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7 Questions à Françoise Benomar

7 Questions à Françoise Benomar

  • Au cours de l’année 2020, nous avons mené une série d’interviews sur nos réseaux sociaux pour faire découvrir différents univers artistiques. Dans cette première quinzaine, l’une des photographes marocaines les plus talentueuses du Maroc nous raconte, sans langue de bois, son parcours et pourquoi sa photographie magnifie autant le wax et la femme.
Pour commencer notre interview, pouvez-vous présenter ?

On m’appelle Françoise Benomar et je suis une Franco-Marocaine née à Paris et vivant à Casablanca.
Après des études en gestion au HEC en France et en histoire de l’art à l’Université de Montréal option cinéma et après avoir enseigné l’histoire de l’art et l’histoire de la photographie au Maroc, je suis venue – il y a maintenant 12 ans – à la photographie comme une logique à la fois artistique mais aussi comme une réinvention de la réalité.
Je suis également fondatrice des « Editions Ecrans blancs », en rapport avec le symptôme de la page blanche et écrivaine avec « L’Acropole des tentations » en 2017, « Sang neuf, Noces d’un jour » en 2018.

Quelle définition de l’art faites-vous de l’Art ? Et comment percevez-vous l’art contemporain ?

« L’art et rien que l’art, nous avons l’art pour ne point mourir de la vérité » dira Friedrich Nietzsche. En fait, l’Art est cette apothéose entre le spirituel et le génie de la création qui transcende le réel pour mieux le restituer et porter au centuple de la dernière marche de la pyramide un cri intérieur aussi fort que celui d’Edward Munch pour cracher la vérité de la création.
L’art contemporain trouble, enivre, questionne, envoûte. Il n’est pas juste un égocentrisme, il fait saigner la pensée et l’inspiration. C’est une page blanche qui mérite de voyager dans le monde mais attention, il ne faut pas tomber dans la complaisance de la répétition à cause du marché de l’art sinon le danger qui nous guette serait du surplace et de ne faire de l’art que pour les autres.

Quand avez-vous su que vous consacreriez votre vie à l’art ?

En dehors du fait que j’enseigne la littérature et la philosophie, adolescente, j’utilisais l’appareil photographique de mon grand-père, la belle époque de la pellicule. En 2009, j’ai acheté mon appareil photographique et de là, j’ai su que la photographie allait devenir une deuxième peau, un état d’esprit existentiel évident parce que tenir un appareil photographie entre mon corps, mon œil et le monde des humains était tout naturellement le continuum de cette volonté d’en faire une destinée à long terme.

© Françoise Benomar, Vert Destin, Photography.
En tant qu’artiste comment vous définiriez vous ? Comment êtes vous parvenue à la finalisation de votre empreinte ?

Lorsque je prends l’appareil photographique, je suis l’œil qui pense, qui imagine des scénarios corporels que le réel décide paradoxalement sous le couvert d’une attitude à la fois dans le champ et contre-champ de ces corps anthropologiques que je vais photographier.
Je me définirais donc comme celle qui transcende des corps pour les porter au plus haut de leur beauté africaine, de leurs transformations transcendantales dans le temps et de l’invention d’autres imaginaires corporels signant leurs envolées lyriques vers des narrations où le Nu devient l’emblème d’aventures esthétiques qui me pousse à faire du signe passion un état de vie perpétuelle.

© Françoise Benomar, Au Clair de la Lune, Photography.

Au début, je pérégrinais à travers la profondeur du Maroc. Je photographiais alors des femmes centenaires aux présences mythiques dans des postures ancestrales burinées par le temps qui passe. Puis est venu l’idée de ces séries marines qui viennent explorer le renversement corporel entre la vie marine et la voûte céleste pour en faire des muses dé-construisant tout le champ visuel dans la façon dont nous avons de regarder les choses telles que la réalité nous les donnent à voir. Enfin, à la suite d’un voyage au Sénégal, j’ai senti le besoin de faire des portraits autrement. De là, est née ma série qui réinterroge le pagne wax au delà de l’élément vestimentaire qu’on lui connaît.

© Françoise Benomar, Femmes Ailées, Photography.

© Françoise Benomar, L’Envers du Soleil, Photography.

© Françoise Benomar, Envolée d’un soir, Photography.
Quelles émotions vous stimulent ? Quelle est l’œuvre phare de votre création ?

En fait, lorsque je photographie, il y quatre émotions qui portent : penser d’abord le concept de la série, l’art de créer ensuite un véritable dialogue avec les modèles qui suivent mes directives, la volonté de réussir trois photographies coup sur coup tout en sachant que le réel joue sa part belle, et enfin, cette passion de transformer ces corps en de véritables œuvres d’art à travers l’univers créatif du pagne.
C’est dur de dire que l’on préfèrerait une photographie plus qu’une autre sachant qu’elles fonctionnent en série… Mais il y en a une qui, sans échappatoire, retient bien souvent mon attention dans la série des nus. Il s’agit de « Muse entre deux lunes » que j’ai réalisée en 2019.

© Françoise Benomar, Muse Entre Deux Lunes, Photography.

Dans cette photographie, j’ai le sentiment que les couleurs tout particulièrement le jaune sont parvenues à idéaliser un univers cosmologique abouti. Elle flotte, en effet, telle une nouvelle muse campée hors du monde, puis elle a pris la posture de ces séries d’Odalisques orientales, en rapport avec Ingres, et recompose, re-narre le corps du nu africain à l’image d’une présence qui s’impose à l’œil du spectateur comme un voyage imaginaire, charnel, artistique. 

Quel regard est porté par le public sur votre travail ? Par le milieu artistique ?

Le public est emporté par ces corps entre photographie et picturalité.
Pour le milieu artistique, j’ai pu noter de mes divers échanges qu’il est emporté par l’originalité de la remise en question de la nature du corps et de la complexité vers laquelle je mène mon travail vers une réinterprétation de la simple nature du tissu pagne.
On me parle souvent de la dimension érotique, poétique, imaginaire et psychédélique de mon travail. Cependant les critiques ne manquent jamais et je ne cesse jamais de me remettre en question pour évoluer davantage dans la pratique photographique qui est mienne.

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© Françoise Benomar, Retrouvailles, 2021, Photography.

© Françoise Benomar, L’Un Pour L’Autre, 2021, Photography.

© Françoise Benomar, L’Un Dans L’Autre, 2021, Photography.

© Françoise Benomar, Un Jour Sans Toi, 2021. Photography.
Avez-vous des projets en cours ? Actuellement où peut-on découvrir votre travail ?

Je suis en train de continuer à travailler sur mes séries à des vues d’être exposées au printemps 2022, soit 60 photographies, à la galerie Artorium TGCC située à Casablanca au Maroc.
Actuellement mes séries de photographies « Odes en routes, routes en déroutes », « Rêves et confinement » ainsi que « décompte-finement » sont visibles à Paris à la Galerie Claire Corcia qui s’occupe de ma carrière artistique.

Propos recueillis par : Oba Shola Akinlabi.
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