Her Majesty, Queen Sophie - Ashakan
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Her Majesty, Queen Sophie

Her Majesty, Queen Sophie

  • Dans son œuvre « Her Majesty, Queen Sophie », Mary Sibande transcende, à travers son alter-ego, Sophie, les vécus de sa mère, sa grand-mère et son arrière-grand-mère et ainsi explore l’émancipation de la femme noire dans la société sud-africaine.

Intemporelle réalité, on n’en parlera jamais assez et nous en écrirons des pages jusqu’à plus d’encre, jusqu’à ce que les choses changent réellement. Pourtant le vent du renouveau est bien là, nous le voyons et le sentons caresser les fossiles de nos sociétés, l’ère où femmes et hommes avanceront égaux et se tiendront debout et libres.

Discrimination de tout temps et de tous genres, Mary Sibande, artiste, sud-africaine, nous fait découvrir sa narration de l’histoire, son histoire d’une Afrique du Sud.

Née à Barberton le 11 avril 1982, Mary Sibande vit et travaille à Johannesburg. Artiste, elle obtient un diplôme spécialisé de l’Université de Johannesburg en 2007 et un diplôme en beaux-arts du Witwatersrand Technical College de Johannesburg en 2004.

Depuis quelques années, l’imposante prestance des travaux de Mary Sibande, reflètent l’importance de l’histoire de son sujet principal – Sophie -, une narration qui se fige dans le miroir d’une liberté auto imposée où volée, contre la réalité des effets durables de l’impérialisme britannique et de l’apartheid.

Dans son univers qui mêle réalisme et fantastique, les œuvres de l’artiste sont des photographies, des sculptures et des installations grandeur nature, qui mettent souvent en scène une femme noire, Sophie, employée de maison comme l’ont été la mère, la grand-mère et l’arrière-grand-mère de Sibande. Dans « Her Majesty, Queen Sophie » l’artiste nous présente une Sophie conquérante et libre qui se fait la voix des milliers d’employées de maison sans voix.

MARY SIBANDE, SOPHIE, OU L’ALTER EGO D’UNE VERITE SUBVERSIVE…

La sculpture de Sophie est faite de fibres de verre et d’un moulage en silicone du corps de l’artiste. Un avatar pluridimensionnel qui retrace d’un défilé d’étoffes et de couleurs chatoyantes, des périodes de l’histoire sud-africaine.

De cette œuvre découle trois séries : Long Live the Dead Queen (2009-2013), The Purple Shall Govern (2013-2017) et I Came Apart at the Seams (2019-); séries qui « saisissent les trois étapes de la transformation de Sophie, depuis ses débuts comme domestique en une myriade de personnages puissants, au fur et à mesure qu’elle transcende les situations d’oppression pour réécrire son histoire comme son présent ».

Vêtue d’un costume coloré d’inspiration de l’époque victorienne, l’icône vivante Sophie, révèle l’histoire tant chargée que douloureuse de l’oppression des femmes noires dans une Afrique du Sud postcoloniale et ses ramifications dans notre époque contemporaine.

Tout prend sens dans cet imaginaire extraordinaire et désentravé où « Her Majesty, Queen Sophie » , maîtresse de toutes possibilités revêt des apparats aux somptueuses teintes vives et coruscantes. Haut en symboles, le bleu est utilisé pour l’époque correspondant à la mise en place et au règne de l’apartheid, le violet évoque la lutte contre et sa chute au début des années 1990, enfin, le rouge porte sur la colère, ses survivances actuelles et certaines plaies toujours béantes.

…MARY SIBANDE, SOPHIE, OU LA QUETE DE LA LIBERTE ET DE L’EMANCIPATION DE LA FEMME

Une intersection culturelle et historique des mondes de Sophie qui s’imbriquent et s’échappe de ce monde qui lui nie sa liberté. La Majestueuse Sophie s’affranchie et s’érige en femme libre, Reine de ses rêves et préceptrice de son histoire.

En plus de son talentueuse ingéniosité, l’artiste se questionne sur la notion et l’attribution de liberté. Une quête générationnelle, évolutive et acquise dans cet imaginaire perceptible. Elle nous offre une transcription audacieuse, algorithme qui décontextualise le personnage de Sophie et le hisse vers cette liberté à travers des tentacules dans certaines de ses représentations. Au-delà de « Her Majesty, Queen Sophie », le travail de Mary Sibande est cousu d’une bobine culturelle et s’explique par d’autres de ses installations, tantôt de viscères, veines ou, racines de vie, au violet écarlate, revendiquant une lutte acharnée contre la ségrégation raciale, avec la promesse évolutive d’une libératrice égalité.

L’œuvre de Sibande est d’une écriture actuelle, tant elle décloisonne le sujet et pourrait l’inscrire à l’échelle mondiale. La Majestueuse Sophie se pare de milles bijoux, à l’auréole rouge écarlate, couleur de la colère, telle une statue qui donne forme à la
désaffection populaire et aux troubles civils continus à travers l’Afrique du Sud.

Bien qu’elle rêve sans limites de toutes ses possibilités, la Reine Sophie garde son bleu traditionnel de domestique, un bleu royalement drapé, signé du tablier de la servitude.

Dans cette incarnation, le personnage apparait plus libre que jamais, rayonnante et cérémonieuse. Sa magistrale et éloquente prestance sonne la sentence d’une libération sans retour, dans l’intemporalité de l’histoire des générations de femmes qui comptent pour Mary Sibande.

L’artiste lève le voile de la question sur l’émancipation et de la situation des femmes en général et celle des femmes noires en particulier. Une inégalité plurisectorielle, que nous constatons également dans le milieu des arts, où la visibilité et la reconnaissance des femmes restent un combat quotidien.

Par Lady Ochola.
Image à la Une :
Mary Sibande, Her Majesty, Queen Sophie, 2010.
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