How to get married (comment trouver un mari ?) - Ashakan
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How to get married (comment trouver un mari ?)

How to get married (comment trouver un mari ?)

  • Au Maroc, le monde des Djinns et de la sorcellerie est lié non seulement à la tradition, mais aussi à l’actualité à travers de nombreuses pratiques artistiques contemporaines. On assiste actuellement à l’interprétation de ce sujet sensible qui porte sur des histoires de magie laissant libre l’imagination des artistes et leurs envies de révéler une certaine culture particulière et spécifique. Une facette marocaine cachée qui appartient à une histoire commune. Cela peut rejoindre les questions du non-dit d’un système de croyance qui peut avoir une aire d’extension particulièrement large. Comment convoquer cette ombre, cette chambre noire pour faire advenir des images et des pensées actives ?

Btihal Remli, artiste visuelle contemporaine a réalisé une série des photographies intitulée « The Djinn Diaries » mettant en exergue les différentes recettes magiques qui concernent le monde des Djinns et de la sorcellerie. Cette artiste est une photographe marocaine qui vit en Allemagne et s’intéresse tout particulièrement à cette tradition de la sorcellerie transmise de génération en génération au Maroc. « How to get married » est l’une des photographies prise par l’artiste qui mérite une attention particulière où sa démarche documentaire sert à collectionner, sélectionner et mettre en scène divers ingrédients pour faire découvrir cette recette magique.

© Btihal Remli, « How to get married », photographie, Extrait de la série « The Djinn Diaries »Courtesy de l’Artiste.

La photographie de cette recette se voit selon un principe de documentation, d’un véritable témoignage qui indique que le phénomène des Djinns existe réellement au Maroc suivant cette recette qui est faite pour favoriser le mariage. Ces Djinns sont définis, selon l’artiste, comme « des créatures surnaturelles » , ainsi que la sorcellerie qui désigne « Sihr », en arabe classique, veut dire « quelque chose d’irréel qui s’impose au regard jusqu’à ce que celui qui regarde croie que ce qu’il voit est réel » . Entre le réel photographique et l’irréel de la sorcellerie, Btihal Remli met en valeur la puissance de ce phénomène qui est reconnue dans tout le Maroc en préférant la mise en scène suite à une investigation personnelle censée comme une réflexion visuelle. À travers ce travail photographique, l’artiste déploie ses réflexions sur la femme qui a eu recours à la sorcellerie comme un moyen préféré et autorisé. Elle dit : « Selon moi, ces recettes sont un moyen d’émancipation pour les femmes car c’est une manière de reprendre le contrôle et le pouvoir » . D’ailleurs, le titre renvoie à la situation de cette femme qui, après avoir utilisé cette recette croit qu’elle peut trouver un mari.

La photographie de la recette : Pour un résultat conceptuel et visuel

Entre concept et image, l’artiste focalise son attention non seulement sur la photographie des ingrédients de la recette choisie, mais aussi et surtout sur la photographie de la liste en papier à travers laquelle le spectateur/lecteur peut voir et lire la recette, afin d’acquérir une idée sur ses composants et la manière de l’utiliser.

Photo détail de l’œuvre

La vocation première de cette photographie-document est d’éclairer certains aspects textuels, visuels et significatifs qui renvoient à un travail conceptuel et un langage particulier. Cette photographie de la recette peut apparaître pleinement à la conscience du spectateur qu’au moment même de la lecture du texte qui y figure. Les composants de la recette photographiés peuvent laisser place qu’au texte, indice suffisant de leur existence. Il s’agit notamment d’une double représentation de la même chose sans qu’il y ait une répétition formelle. Ce qui compte dans la démarche artistique de cette artiste est ce résultat visuel qui se manifeste à travers une combinaison d’extraits d’épices, d’animaux et d’autres matériaux.

Photo détail de l’œuvre

Photo détail de l’œuvre

Photo Détail de l’œuvre

Cette combinaison des matériaux permettent aux Djinns ou à ces créatures mystiques de réaliser les souhaits et le désir de mariage pour chaque femme. Lors de ses voyages au Maroc, Btihal Remli fait apparaître ce côté mystique à travers une image visuelle fixe. Cette image documentaire s’articule entre l’apparence des ingrédients et l’apparition d’une propre culture présentée sous forme de recette et comme un étrange rituel. « Oui, j’ai rencontré des sorciers, des magiciens, des herboristes, des diseuses de bonne aventure et je me sentais constamment comme dans un jeu. Ce qui (…) m’a conduit à une nouvelle façon de raconter une histoire » , affirme l’artiste. Une histoire documentaire qui se raconte à travers la photographie d’une recette magique en constituant une sorte d’archivage et de témoignage. La recette photographiée qui est crue pour aider les femmes à trouver un mari devient l’aspect capital de cette activité artistique chez Btihal Remli. Son idée est plus importante que sa mise en forme documentaire car elle tend à surgir un secret et une tradition mystique d’une manière indirecte.

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L’artiste se déplace d’un lieu vers un autre lieu à la recherche d’un rituel exposé sous forme d’une image de recette qui reflète une pratique connectée à des croyances ayant trait au monde invisible et aux êtres surhumains. Cette pratique de la sorcellerie n’est efficace que si la personne respecte un ordre spatial et temporel précis. Et c’est la raison pour laquelle Btihal Remli a choisi la photographie documentaire pour capter un instant particulier, enregistrer la réalité de cette pratique et son cadre spatio-temporel. Comme un arrêt sur image, un arrêt sur langage, l’artiste déploie son travail photographique dans les limites du réel et de l’irréel, du visible et de l’invisible, bref du visuel et du conceptuel. Une liaison étroite s’établie entre l’aspect proprement visuel et un certain langage écrit permettant d’atteindre l’idée de l’artiste. Il s’agit dans les deux cas d’un degré distinct de la réalité de la recette.

Associer image et texte, le concept se trouve suggéré, bien plus que défini. Là où défaille l’image des ingrédients de la recette, intervient l’image du texte et apparaît le langage qui est déjà relayé par l’image de l’ensemble des ingrédients. C’est également dire que cette photographie documentaire comporte à des degrés divers une part de concept. Ainsi, la rencontre avec le sorcier n’existe plus qu’à l’état de cette image de recette, grâce à la photographie documentaire. Comment cette trace photographique rend possible la présence d’une absence et dans quelle mesure joue-t-elle le rôle d’une lieutenance ?

La trace photographique comme vecteur de transmission

« Je cherchais une façon de ne pas dévoiler les visages des personnes qui m’ont fait confiance et ont partagé avec moi leurs histoires de magie (…) » , dit Btihal Remli. L’enquête personnelle de cette artiste autour du phénomène des Djinns au Maroc est fondée sur les traces des histoires que les gens ont racontées. Autrement dit, la trace de chaque histoire est envisagée sous forme d’une trace photographique, celle de la recette magique. C’est cette image photographique qui joue le rôle d’un substitut permettant de rendre l’invisible visible et la trace absente présente. Comme l’écrit Paul Ricœur « La connaissance historique peut se définir, (…) comme « connaissance par trace », comme « connaissance indirecte ». Le passé ne peut pas être directement appréhendé. C’est toujours à travers des traces, document, monument vestiges, etc., que ce passé peut être connu. Bien qu’il soit révolu, le passé se présente actuellement sous la forme des traces » . Il s’agit d’un travail de mémoire historique où la photographie est, donc, le document essentiel qui sert à transmettre un ensemble d’informations et de connaissances au spectateur/lecteur. En d’autres termes, cette trace photographique a une fonction de transmission permettant de créer une zone d’échange avec les autres, afin d’attirer l’attention des lecteurs sur ce qu’elle représente.

Ce mode de représentation visuelle nous amène à considérer que la valeur du témoignage photographique ne se discute pas, que ce type de document et de trace atteste la vérité de ce phénomène réel, celui des Djinns et de la sorcellerie marocaine. À cet égard, la trace photographique n’est pas un fait réel, mais l’image du réel qui est définie comme vecteur essentiel de transmission en ouvrant en grand le rôle et l’importance du message. Cette trace substitut la trace de l’histoire racontée en tenant lieu de son absence.

À travers cette photographie documentaire sous le titre « How to get married », Btihal Remli a focalisé son attention sur la recette magique qui répond aux croyances des femmes dans leurs pays. Elle a révélé sa propre culture d’un point de vue photographique en faisant appel au monde des djinns qui pose un questionnement sur les limites du visible et de l’invisible. Btihal Remli fait partie de l’ensemble des artistes qui questionnent leur époque, elle la collectionne, la documente, se libère et trace un parcours fait d’investigation personnelle et de réflexion visuelle. Sa pensée porte aussi bien la trace de l’histoire, de la mémoire et de la contemporanéité.

Née à Cologne (Allemagne) en 1987, Btihal Remli vit et travaille entre le Maroc et l’Allemagne.

Par Ikram Ben Brahim.
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