Romuald Hazoumè : Le génie béninois - Ashakan
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Romuald Hazoumè : Le génie béninois

Romuald Hazoumè : Le génie béninois

  • Actuellement l’un des quatre principaux artistes invités au musée du Quai Branly-Jacques Chirac à Paris pour participer à l’exposition « Ex Africa » qui donne à voir quelque 150 œuvres liées à l’Afrique, Romuald Hazoumè fait la différence sur la scène artistique mondiale depuis les années 90 devenant même l’un des artistes les plus côtés sur le marché de l’art alors que tout était contre lui au départ…

PARCOURS

Romuald Hazoumè est né le 02 février 1962 à Porto-Novo en République du Bénin dans une famille polygame d’origine  Yoruba chez qui le culte des ancêtres est tout aussi important que les religions dites révélées. Passant tout son temps au lycée Bèhanzin, voisin de sa maison familiale, Il y rencontre une enseignante de mathématiques de nationalité française qui, avec son mari, va le prendre sous son aile.  « Ils m’ont tout appris : travailler à l’école, me tenir à table, respecter les autres, m’exprimer en français. Je voulais devenir médecin. Ils ont cru en moi. »

Dépité par ses échecs au baccalauréat, il refuse de poursuivre son rêve de devenir médecin et se tourne vers le sport de haut niveau : le judo. Alors qu’il devint un espoir du judo béninois, un accident l’oblige à renoncer à cette nouvelle activité. Dorénavant, il décide de partir en explorateur à vélo sur les routes et les pistes du Bénin, du Togo et du Ghana accompagnée d’une amie tout en se tournant dès lors vers son autre passion, la sculpture et la peinture.

Une compatriote béninoise, Diane Tévodjrè, lui donne sa première chance en lui offrant deux expositions lors desquelles, coup sur coup, toutes ses œuvres trouvent acquéreurs.

Au milieu des années 80, il réalise ses premières sculptures à partir de bidons de récupération en plastique qui après une intervention minimale, deviennent des masques qui relatent subtilement sa vision critique des systèmes politiques africains.
En 1989, sa première exposition au Centre Culturel Français de Cotonou, actuellement l’Institut français de Cotonou, le révèle au public béninois. Au cours de cette exposition, il rencontre André Magnin, le commissaire indépendant et critique d’art français qui va présenter son travail en France et dans le monde entier. C’est surtout, cependant, avec Dream, la contribution spectaculaire qu’il a présentée à la Documenta 12, et par son installation « La bouche du roi » qu’il a acquis une réputation internationale.
C’est aussi le premier artiste à avoir exposé à la Fondation Zinsou, le premier grand musée d’art contemporain d’Afrique. Malgré sa grande ouverture sur les pays occidentaux et ses nombreuses opportunités d’installation hors du continent africain, il reste un béninois attaché à la vie sur son terroir.

Ses œuvres ont déjà notamment été exposées à la Fondation Zinsou à Cotonou (2005 et 2015), l’October Gallery à Londres (2005-2006), The Menil Collection à Houston (2005), The Art Gallery of New South Wales à Sydney (1999) et pour Africa Remix, au Centre Georges Pompidou à Paris (2005), au Mori Art Museum à Tokyo (2006). Il fait partie des artistes dont les travaux sont compris dans la prestigieuse collection The Contemporary African Art Collection (C.A.A.C) de Jean Pigozzi.

Romuald Hazoumè, Bodjou-Bodjou, 2013. Bidon, objets de recyclage, 50x30x18 cm © Romuald Hazoumè.

PRATIQUE ARTISTIQUE

« Être artiste c’est répondre à un questionnement, et mes réponses ne me satisfaisaient plus. Il fallait que j’aille à la source pour comprendre pourquoi nous avions cette attitude, ce fatalisme… Comprendre pourquoi mes ancêtres Yoruba faisaient des masques : c’est cela qui m’a poussé à faire des Kalétas (masques). Il fallait voir ce qu’il y avait derrière. Je me suis plongé dans le Ifa. Du sud-ouest du Nigeria au sud-ouest du Ghana, on parcourt la région du Ifa. Le Ifa c’est la géomancie divinatoire qui permettait de savoir l’avenir […]. Le travail que j’ai réalisé sur le Ifa m’a fait beaucoup avancé. […] ».

« Après cette nouvelle étape, j’ai commencé à m’ennuyer et je suis revenu aux masques-bidons. Il n’y a aucune rue au Bénin où l’on ne trouve un bidon, du type même que j’utilise : le bidon du trafiquant d’essence. Car à Porto Novo, le trafic d’essence est partout. […]. (Porto Novo, la capitale politique du Bénin, est aussi la capitale du trafic d’essence du pays. 90 % du carburant consommé y transite illégalement en provenance du Nigeria. Il est transporté en pirogue, en tricycle, en camion par des trafiquants). C’est comme cela que je suis devenu photographe, parce que ces bidons, je ne pouvais pas les obtenir facilement […]. J’ai travaillé sur La bouche du roi en filmant tous les jours les trafiquants, ces as de la débrouille, dans leurs gestes au quotidien. Ils vont au marché, achètent des bidons, y mettent de l’essence, et cette essence est utilisée par la population béninoise. »

Romuald Hazoumè, La Bouche du Roi, 1997-2005. Objets de recyclage et Installation vidéo, Dimensions variables © Romuald Hazoumè.

En plus des bidons, Romuald Hazoumè assemble des matériaux, rebuts et objets désuets, qu’il utilise tels quels ou qu’il forme ou déforme, pour représenter sa vision de la société, de faits événementiels ou de problèmes planétaires.

Romuald Hazoumè, Elf rien à foutre, 2005. Matériaux divers, 220x230x180 cm © Romuald Hazoumè.

Il réinvestit l’Histoire et ses recherches se traduisent dans des œuvres monumentales et percutantes, désignant son engagement contre toutes formes d’esclavage ancien ou contemporain, de colonialisme, de néocolonialisme, de la mondialisation, de l’uniformité culturelle des sociétés qui en résulte ainsi que les vices des classes politiques africaines.

Romuald Hazoumè, Mongouv.com, 2015. Plastique, métal, 215x680x480 cm © Romuald Hazoumè.

L’artiste explore également la question des migrations et entend changer le regard de la jeunesse sur l’Europe. C’est la raison pour laquelle il a fondé, par exemple, l’ONG BPO (Solidarité Béninoise Pour l’Occident en péril), une organisation à but non lucratif dont l’objectif est d’aider les pauvres en Europe.

RÉFÉRENCES

Chez les Yoruba, le masque constitue l’élément fondamental de l’organisation communautaire et de la société traditionnelle. Il retrace l’histoire et les mythes de ce peuple de la naissance d’Odudua, son ancêtre, au départ d’Ilé Ifè de la majeure partie de ses fils pour peupler d’autres terres du Nigéria et du Bénin actuels. Le masque célèbre leurs rois et déités ainsi qu’il rend hommage à des personnages importants ou marquants de la collectivité.

Romuald Hazoumè, Osa Nla, 2015. Plastique et tissu, vidéo, photographie et bandes son, 280x490x390 cm © Romuald Hazoumè.

Des bidons, un clic, quelques gestes, une combinaison, un renversement, suffise à l’artiste pour se réapproprier ce savoir-faire ancestral Yoruba pour révéler des visages. Ainsi, un goulot de bouilloire ou de bidon simule une bouche, une poignée d’aspirateur ou d’arrosoir se transforme en nez. Romuald Hazoumè se joue des stéréotypes liés à l’Afrique et renvoie en beauté à l’Occident les rebuts déversés dans les rues du continent africain.

See Also


Romuald Hazoumè, Exit Ball, 2008. Plastique et métal, 210 cm de diamètre © Romuald Hazoumè.

Dans son travail, l’artiste puise également de manière remarquable dans le vaste corpus de textes et de formules mathématiques particuliers au système de divination Ifa. Divinité de la sagesse et du développement intellectuel, Ifa Orunmila se fonde sur un système de 256 principaux signes interprétés par un devin appelé babalawo à travers l’èsè, un chant divinatoire en langage poétique.
C’est, en effet, autour du Ifa que toutes les histoires, les croyances, la cosmogonie, les habitudes, la vie des Yoruba gravitent. Romuald Hazoumè en digne fils de cette culture ne l’oublie pas et s’y inspire plastiquement pour rappeler les valeurs spirituelles sur laquelle toute vie se doit de se fonder aussi bien dans la société Yoruba, béninoise et africaine que dans la société mondiale.

Romuald Hazoumè, Pot à eau, 1997. Acrylique et pigment de terre sur toile, 96×138 cm © Romuald Hazoumè.

RÉCOMPENSES

Romuald Hazoumè a reçu de nombreuses récompenses dont notamment le prix de la 3e Biennale d’art contemporain de Moscou en 2009, le prix Arnold-Bode-Preis de la Documenta 12 de Cassel en 2007 et enfin, entre autres, le prix George-Maciunas-Preis de Wiesbaden en 1996.

Romuald Hazoumè, Top Model, 2009. Photographie en noir et blanc barite, contrecollée sur Dibond, 49×74 cm © Romuald Hazoumè.

ROMUALD HAZOUME EN QUELQUES EXPOSITIONS

Collectives

2021

FIAC Online Viewing Rooms

2020

  • Résonances, Fondation Opale, Crans-Montana, Suisse
  • Alpha Crucis: African Contemporary Art, Astrup Fearnley Museet, Oslo, Norvège (curateur: André Magnin)

2018

  • 57th October Salon, The Marvellous Cacophony, Belgrade City Museum, Serbie
  • Festival Kyotographie, Kyoto, Japon
  • D’Afrique aux Amériques, Picasso en face-à-face, d’hier à aujourd’hui, Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), Canada (curateur: Nathalie Bondil)
  • African Passions, Palais Cadaval, Evora, Portugal (curateur: André Magnin)
  • Everyday Africa!, Fondation Zinsou, Cotonou, Bénin.

Solo

2020-2021

Welcome home II, MACAAL, Marrakech

2018

Romuald Hazoumè, Galerie Gagosian, New York, USA

2016

Romuald Hazoumè, Galerie 59pm, Bruxelles, Belgique.

2015

  • Art et développement durable, vol. 4 : Romuald Hazoumé, Mobilière Suisse, Berne, Suisse
  • Arè, Fondation Zinsou, Cotonou, Bénin
  • Romuald Hazoumè : Dance of Butterflies, Manchester Museum, Angleterre.

Romuald Hazoumè, Tobago, 2019. Plastique et plumes, cuivre, 86x126x20 cm © Romuald Hazoumè.

ACTUALITÉS

Depuis le dimanche 21 février 2021 et ce, jusqu’au 27 juin prochain, l’œuvre de Romuald Hazoumè est présentée dans l’exposition « Ex Africa » du musée du Quai Branly-Jacques-Chirac.

Une partie de son travail sera également en dialogue avec des objets de collection au musée d’Histoire de Nantes en France du 6 mai au 14 novembre 2021.

Par Oba Shola Akinlabi.
Image à la Une :
Portrait de Romuald Hazoumè © Jean Dominique Burton.
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