Sammy Baloji, L’enfant terrible de Lubumbashi - Ashakan
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Sammy Baloji, L’enfant terrible de Lubumbashi

Sammy Baloji, L’enfant terrible de Lubumbashi

  • Sammy Baloji sait marquer les esprits et créer des œuvres aux formes intrigantes et à la narration tout aussi poétique que tranchante.

Parmi les œuvres qui se font une place dans les mémoires, il y a deux grandes sculptures qui ont été exposées devant le Grand Palais du côté Champs-Élysées Clémenceau à Paris en France, les travaux que l’artiste a dévoilés à l’occasion de l’exposition « Dans le tourbillon du tout-monde » à la Villa Médicis où il a été pensionnaire entre 2019-2020 ainsi que son installation Essai sur l’urbanisme (2013), présentée à la Biennale de Venise de 2015.

Sammy Baloji, Essai sur l’urbanisme, 2013, Musée des beaux-arts du Canada, acheté en 2017. © Sammy Baloji, avec l’autorisation d’Axis Gallery, New York. Photo – Alessandra Bello

Courtesy Galerie Imane Farès, Paris – © Photo Didier Plowy

Sammy Baloji devant Johari – Brass Band, les deux sculptures sur l’escalier du Grand Palais ©Didier Plowy pour la RMNGP

Cette dernière présentée dans le pavillon de la Belgique confronte des vues aériennes de villes et des images d’archives et des photographies de mouches, elle présente une réflexion sur les enjeux politiques de la cartographie. Ses travaux exposés à la Villa Médicis comportaient notamment un extrait d’une lettre (fac-similé) de Alfonso Ier, roi du Kongo, adressée à Manuel Ier, roi du Portugal, concernant l’incendie de la « grande maison des idoles », sujet qui donne des indices sur les conditions d’évangélisation au 16ème siècle, dans la région du Congo. Quant aux deux premières œuvres citées qui ont orné la façade parisienne, elles mesurent 3 mètres de haut et se nomment Johari – Brass Brand. Les “Brass Band” sont ces fanfares créées par les esclaves qui avaient repris les instruments de musique abandonnés par les troupes françaises en Louisiane après que la France ait vendu la colonie aux États-Unis. “Joharis” signifie cristaux en swahili, ce qui rappelle le métal de la sculpture qui renvoie aux minerais du Katanga, en République Démocratique du Congo. Cette structure se mêle au cuivre scarifié des œuvres. Ces scarifications prennent tout leur sens, exposées sur ces socles puisqu’elles font partie des pratiques identitaires congolaises éradiquées par la présence coloniale. En effet, les œuvres de Sammy Baloji ne manquent pas de références historiques.

PARCOURS

L’artiste est né en 1978 à Lubumbashi, au Congo, où il a étudié les Arts et les Sciences Humaines, l’informatique et la communication à l’Université de Lubumbashi, puis les sciences de l’information et de la communication avant de partir en 2005 pour Strasbourg en France pour étudier au sein de la Haute École des Arts du Rhin. Depuis cette époque il explore au travers de ses œuvres la mémoire et l’histoire de la République Démocratique du Congo. Il a cofondé en 2008 une biennale de photographie et vidéo dans sa ville d’origine nommée Rencontre Picha.
En 2015, il expose ses œuvres à la Biennale de Lyon et à la Biennale de Venise comme énoncé précédemment ainsi qu’au Festival Photoquai au Musée du Quai Branly la même année. Deux ans plus tard, il est fait Chevalier des Arts et des Lettres par le Ministère de la Culture et de la Communication de la République Française. La même année, il expose à la Biennale de Lyon, à la Biennale de Venise, ainsi qu’au festival Photoquai au Musée du Quai-Branly. Il fonde en 2017 avec Rosa Spaliviero une entreprise belge Twenty Nine Studio & Production qui propose des services de conseil, de recherches, de prospection et de production dans le domaine de l’Art dans toutes ses formes et plus particulièrement pour les arts visuels et audiovisuels.

À présent, Sammy Baloji vit et travaille entre sa ville natale et Bruxelles en Belgique, où il mène depuis septembre 2019, des recherches en Art à l’Université Saint Lucas d’Anvers pour son doctorat Contemporary Kasala and Lukasa: towards a Reconfiguration of Identity and Geopolitics. Les puissants mouvements antiracistes de l’été 2020, qui ont vu notamment la chute de statues de colons et d’esclavagistes un peu partout dans le monde donnent à l’artiste d’autant plus de raisons de persévérer à faire émerger des récits jusqu’ici rendus muets car ils puisent leurs origines dans les archives coloniales et ébranlent l’autorité des discours officiels.

PRATIQUE ARTISTIQUE

Ainsi, le travail de Sammy Baloji s’organise comme une vaste recherche sur les effets et ce qu’il subsiste aujourd’hui de l’histoire coloniale à travers la mémoire de son cher pays d’origine, la République Démocratique du Congo. Ces œuvres traduisent l’œil critique de l’artiste sur nos sociétés contemporaines et elles avertissent sur ces mémoires collectives qui continuent d’être pétries de clichés culturels. Ces clichés mêmes qui installent confortablement la table des jeux de pouvoir – qu’ils soient sociaux ou politiques – et qui dictent les comportements humains.
En se questionnant sur les effets de la colonisation belge, Sammy Baloji n’érige pas en martyr son pays qui l’a vu naître, il n’entretient pas non plus une nostalgie, laissant cela au passé, il s’intéresse au présent et comment ce système perpétue. Son travail interroge les stigmates d’aujourd’hui à travers un travail de recherche autour de l’héritage culturel, architectural et industriel de la région du Katanga. Dans l’exposition « Notre monde brûle » du Palais de Tokyo (2020), Sammy Baloji présente une installation qui prend la forme d’un mini-jardin exotique importé d’Afrique.

Sammy Baloji, Sans titre, 201, vue de l’exposition « Notre monde brûle », Palais de Tokyo (21.02 – 17.05.2020) © Aurélien Mole

Par ce biais végétal, il démontre l’aspect tentaculaire de la mondialisation. En regardant de plus près, il faut deviner que chaque plante, chacun des arbustes a été placé dans des douilles d’obus de la Première Guerre Mondiale. Celles-ci ont été sculptées et rendues belles pour accueillir le vivant alors qu’elles furent des messagères de Mort il y a plus d’un siècle de cela, lors de la guerre durant laquelle la France a fait appel aux troupes d’Afrique et ceux que l’on a appelés les “tirailleurs sénégalais”. Si l’on peut se demander ce que des douilles ont en rapport avec la mondialisation c’est qu’il faut diriger sa réflexion vers une allusion précise et peu déguisée aux douilles fondues en masse dans le cuivre à partir des ressources minières du Katanga, largement exploitées par des entreprises internationales depuis 1885.

Sammy Baloji, Sans titre 21 (série Mémoire), 2006, épreuve au jet d’encre, 60 x 164 cm, Musée des beaux-arts du Canada, acheté en 2017. © Sammy Baloji. Photo – MBAC (Musée des Beaux Arts du Canada)

Sa pratique artistique multi-média s’exprime notamment grâce au collage numérique imprimé sur miroirs, aux films, par la sculpture et par des applications sur écran tactile interactif entre autres. Néanmoins, une figure de style revient et structure son travail en filigrane: c’est la juxtaposition. Sammy Baloji met en regard des archives muséales, des images coloniales et le vécu des habitants et habitantes de régions ravagées par l’exploitation minière du sud du Congo.

Sammy Baloji- photographies d’archive et photographies de l’artiste mises en perspective. DR – tirée de rfi.fr

See Also


Sammy Baloji, Kalamata, Grand Chef Urua sur fond d’aquarelle de dardenne série Congo Far West- retracing Charles Lemaire’s expedition, 2011, Courtesy Galerie Imane Farés Paris © Sammy Baloji

Ainsi au même titre que l’histoire sert à ceux qui la façonnent et qui l’écrivent, l’artiste utilise des archives photographiques qui lui permettent de manipuler le temps et l’espace. Il met en exergue la manière dont les identités sont façonnées, transformées, perverties et réinventées. Par la juxtaposition donc, il compare les anciens récits coloniaux aux impérialismes économiques d’aujourd’hui.

Courtesy de l’artiste et Imane Farès, Paris – tirées de l’article Sammy Baloji ou le temps malaxé des colonies par Roxana Azimi publié le 14/09/2020

EXPOSITIONS

Solo

2021

  • Solo exhibition (title TBD), Smithsonian National Museum of African Art, Washington DC, USA.

2020

  • Solo exhibition (title TBD), Festival d’Automne, Paris, France
  • Kasala: The Slaughterhouse of Dreams or the First Human, Bende’s Error, Galerie Imane Farès, Paris, France
  • Sammy Baloji, Other Tales, Lund Konsthall, Sweden & Aarhus Kunsthal, Aarhus, Denmark

2019

  • Congo, Fragments d’une histoire, Le Point du Jour, Cherbourg-en-Cotentin, France
  • Sammy Baloji: Extractive Landscapes, Salzburg International Summeracademy of Fine Arts, Salzburg, Autriche

2018

  • A Blueprint for Toads and Snakes, Framer Framed, Amsterdam, Pays-Bas,
  • Arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, Galerie Arts & Essai, Université Rennes 2, Rennes, France

Collectives

2021

  • Congoville, Middelheim Museum, Antwerp, Belgium

2020

  • Kinshasa, la ville vue par ses artistes contemporains, Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris, France.
  • NIRIN, 22nd Biennale of Sydney, Sydney, Australia
  • Affleurements, Mucem’s Centre for Conservation and Resources, Marseilles
  • À toi appartient le regard et (…) la liaison infinie entre les choses, Musée du Quai Branly, Paris, France
  • Notre monde brûle, Palais de Tokyo, Paris, France
  • Radical Revisionists: Contemporary African Artists Confronting Past and Present, Moody Center for the Arts, Rice University, USA

Sammy Baloji, A Blueprint for Toads and Snakes (detail). Installation at Framer Framed, 2018. © Framer Framed / Eva Broekema

RÉCOMPENSES

En 2007, à l’occasion des Rencontres Africaines de la Photographie à Bamako au Mali
Sammy Baloji remporte deux récompenses : le Prix Afrique en Création et le Prix de l’Image. Deux ans plus tard, il se voit remettre le Prix Prince Claus des Pays-Bas. Enfin, en 2015, il reçoit le prestigieux Prix Rolex Mentor & Protégé.

Sammy Baloji, Hunting & Collecting, 2015 (détail de l’installation). Sammy Baloji et Axis Gallery, New York et New Jersey.
Par Marie-Odile Falais.
Image à la Une :
Portrait de Sammy Baloji © Sophie Nuytten, 2018.
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